Une Histoire qui commence dès le lycée !!!

Une Histoire qui commence dès le lycée !!!
C'est souvent sur les bancs de l'école que naissent les plus belles histoires d'amour, les plus folles passions. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo ont usé leurs fonds de jean's sur les mêmes bancs d'un lycée parisien, le lycée Carnot. Il s'y rencontrent vers 1987, à 13-14 ans et se reconnaissent autour de passions communes : le cinéma et la musique, de Jimi Hendrix à la soul de Motown et Stax records.

Devenus inséparables, ils montent à 17 ans un groupe de rock indé, Darlin (dans lequel figurait Laurent de Phoenix). Thomas tient la basse et Guy-Man chante et écrit les textes. Darlin sort un premier single tiré à un peu plus d'un millier de copies. Publié sur le label Duophonic de Stereolab, il reçoit un accueil plutôt tiède de la presse britannique, l'influent Melody Maker (aujourd'hui disparu) traitant le groupe de « daft punks », c'est à dire de punks débiles ou punks cinglés. Le nom va rester.

Peu échaudés par cet accueil qu'ils vont reprendre à leur compte avec le succès que l'on sait, Thomas et Guy-Manuel se tournent alors vers la techno et la house qu'ils ont découvert via Andrew Weatherall, Primal Scream et The Orb. Thomas ayant reçu un sampler pour ses 18 ans, ils se mettent à bricoler des morceaux.

Leur premier single sous le patronyme Daft Punk « The new wave/Alive », est publié en 1994 sur le label écossais Soma. Accompagnée d'un cliché des deux gamins (ils n'ont pas 20 ans) à la morgue punk défiant l'objectif, la note de présentation pour la presse dit simplement « techno adolescente française ». Une originalité qui retient déjà l'attention (à défaut des oreilles) de quelques prescripteurs de tendances outre-Manche...

Ce n'est que l'année suivante, en l995 que la sauce commence à prendre véritablement avec la sortie du maxi de disco mutant « Da Funk/Rollin and scratchin' », qui lorgne clairement vers les maîtres techno-house de Chicago. Da Funk figure rapidement en bonne place dans les sets des Chemical Brothers, alors grands gourous de la scène électronique britannique et donc mondiale.

Un remixe de ces derniers plus tard (« Life is sweet »), un autre maxi foudroyant « Trax on Da Rocks » sorti sur le label de Thomas, Roulé, et un autre sur Soma, Indo Silver Club, plus quelques invitations à mixer dans de prestigieux clubs anglais comme le Heavenly Social, vont achever de faire de Daft Punk le groupe le plus en vue du moment...sans avoir encore sorti un seul album. Dès lors, la machine va s'emballer sérieusement.

# Posté le jeudi 05 octobre 2006 14:01

Modifié le jeudi 05 octobre 2006 15:11

Des robots et des hommes

Des robots et des hommes
Les années suivantes voient le duo lancer chacun de leur côté un label (voir à Daft Galaxie). Si Crydamoure, le label de Guy Man, reste fièrement campé dans la house underground, celui de Bangalter, Roulé, s'affiche plus grand public et s'offre même un succès mondial fracassant avec “Music Sounds Better You”, un bijou de pop-house qui restera le grand hit des clubs de la fin des années 90.

Attendu comme le Messie, le second album des Daft Punk, “Discovery”, paraît en 2001 et surprend les oreilles les plus blasées. Audacieux, jusqu'au-boutiste, faisant fi du bon goût et des conventions, s'appuyant sans complexe sur des références passéistes années 80, et pas forcément les meilleures, ce disque propulse pourtant une nouvelle fois la musique électronique dans le futur, et apparaît comme l'un des chocs musicaux du début du 21e siècle.

Un album néanmoins très controversé dans un premier temps par les fans et les critiques musicaux qui ne savent pas comment prendre ces compositions à la fois naïves et sophistiquées, tendres mais écoeurantes sur la distance. Malgré la présence du tube “One More Time”, cet album ne réussira pas le carton du précédent. Sans compter que Daft Punk est désormais constitué d'un tandem de robots affublés de monstrueux casques intégrals de moto (voir Un rapport méfiant à l'image).

Cela n'empêche pas le duo d'engloutir tous ses bénéfices dans un vieux rêve d'enfant, la réalisation d'un ambitieux dessin animé, « Interstella 5555 (The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem»), pour lequel est recruté l'un des maîtres de l'animation japonaise, Leiji Matsumoto, 65 ans, dont l'imagerie a bercé l'enfance télévisuelle des Daft Punk avec notamment "Capitaine Flamme" et "Albator". Découpé, ce long-métrage présenté à Cannes formera la base des clips accompagnant les singles de l'album « Discovery ».

Les personnages de dessins animés de ces vidéos feront désormais, seuls, office de passeurs désincarnés: car non seulement le groupe ne montre plus son visage en photo, mais il décide aussi de ne plus se produire sur scène.

Sans doute soucieux de faire taire les cris de protestation des fans de la première heure, Daft Punk sort en catimini , quelques mois après "Discovery", un album live, “Alive 1997”, enregistré lors d'un concert à Birmingham (G-B) qui fait figure de document rare en témoignant de l'impact sonore dont sont capables les deux Parisiens.

Avare d'apparitions publiques, Bangalter se soumet à quelques sets de DJ's ici et là - il laisse d'ailleurs un mauvais souvenir aux spectacteurs de la première édition de Villette Numérique (2002) - mais continue de s'activer à l'ombre de son studio puisqu'il réalise l'année suivante avec un certain brio la bande originale du film Irréversible. Des compositions tendues, minimales et techno qui laissent penser que le troisième album des Daft pourrait marquer un retour au dancefloor. Faux.

Comme à l'accoutumée, le duo n'aime rien tant que contrer les prévisions et faire où on l'attend pas. Leur troisième album, “Human After All”, enregistré en six semaines, montre en tout cas les Daft sous un jour moins percutant et innovant. Concentrant leurs influences sur une thématique un peu courte de “robots qui découvrent le rock”, les deux complices livrent des compositions peu inspirées, loin des enlumminures de Discovery, où les guitares synthétiques et les voix passées au vocoder se taillent la part du lion. Seul l'avenir dira s'ils avaient fait le bon choix.

# Posté le jeudi 05 octobre 2006 15:07

Daft punk : Méfiant a l'image ????

Daft punk : Méfiant a l'image ????
Dans une autre vie, il y a très longtemps, Thomas et Guy Manuel rêvaient d'être des pop stars adulées des filles. Mais alors qu'ils sont sur le point de toucher au but peu avant la sortie de leur premier album, le tandem fait subitement marche arrière. Les stars, c'est pour les ringards. Leur contrat avec Virgin stipulera qu'ils souhaitent garder l'anonymat.

On ne les voit en photo que jusqu'à la veille de la sortie de leur premier album en 1996. Ensuite, c'est le black out intégral. Qui leur permet effectivement encore aujourd'hui, même s'ils sont connus du petit milieu de la musique électronique hexagonale, de passer inaperçus à un concert parisien de LCD Soundsystem par exemple.

Dès les premières interviews, le groupe se montre timide, mal à l'aise avec les médias, et plus encore avec l'image. Nous ne voulons pas être des stars, explique en substance Thomas Bangalter. Nous voulons vivre comme tout le monde, pouvoir sortir sans être reconnus et assaillis.

Une maturité étonnante chez de jeunes pousses qui surprend moins lorsqu'on connaît ce détail : fin observateur, Thomas Bangalter a été aux premières loges du star system et en a tiré les enseignements. Son père, Daniel Vangarde, est dans le métier: il fut, à la charnière des seventies et des eighties, le producteur des groupes étoiles filantes Ottawan ("D.I.S.C.O.") et Gibson Brothers ("Cuba").

S'ils sont peu diserts en 1996 lors de la sortie d'Homework, ils demeurent accessibles. En 2001, pour le second album « Discovery », la presse est triée sur le volet et les audiences accordées au compte-gouttes se font de façon groupées, à la limite de la conférence de presse. En outre, le disque n'est plus envoyé à la presse. Les journalistes sont invités à venir écouter la musique chez la maison de disques une ou deux fois pas plus en prenant des notes.

En 2005, le groupe ne tient plus seulement la presse à distance: il refuse carrément toute interview et ne fournit aucun visuel digne de ce nom pour accompagner la sortie de son disque "Human after all". Au point que certains grands titres de la presse française ont finalement été contraints de renoncer à les mettre en couverture, faute de photos.

Le concept attrape-nigaud pour justifier cette attitude est bien commode: Thomas et Guy-Man se sont transformés en robots. Comme ça, un jour en studio. Du coup, même plus besoin de masques (de grenouilles, de chiens etc...). Depuis 2001, on ne les voit plus affublés que d'énormes casques de moto intégrals.

Certes, leur désir d'anonymat se trouve en adéquation parfaite avec le mot d'ordre de départ du mouvement techno, créé en réaction au star system, et qui prône une musique sans visage « qui parle d'elle-même » - ce qu'ils répèteront d'ailleurs sur tous les tons.

Mais il résulte probablement aussi d'une complexe plus personnel basé sur leur peu d'aisance à s'exprimer en public et surtout à théoriser sur leur musique. Un journaliste anglais a dit un jour d'eux que leur tirer une phrase revenait "à faire une prise de sang à une pierre". Sans doute ont-ils aussi été échaudés par les descriptions peu amènes de la moitié du duo, Guy-Manuel, décrit tour à tour comme rondouillard, pas fûté, efféminé, renfrogné ou peu disert...Assez en tout cas pour lui couper le sifflet.

# Posté le jeudi 05 octobre 2006 15:10

Succès fou pour leur vidéos et leur clip

Succès fou pour leur vidéos et leur clip
On s'en voudrait d'affirmer que les vidéo-clips de Daft Punk sont responsables de leur succès. Mais on aurait tort de prétendre qu'il n'y ont pas largement contribué. Enfants des années 80, de la télé et du tout images, Thomas et Guy-Man ont surtout su choisir avec soin les vidéastes chargés d'être les ambassadeurs de leur musique sur le petit écran.

On peut même dire qu'ils ont fait preuve dans ce domaine de clairvoyance : non seulement chacun de leur clips est un véritable petit bijou truffé d'idées novatrices, mais les réalisateurs enrôlés, tels Spike Jonze ou Roman Copolla, n'étaient pas encore en vue à l'époque et le sont devenus de façon éclatante par la suite. Trois clips émergent de leur premier album, le second n'étant illustré que d'images du dessin animé Interstella 5555 du maître de l'animation japonaise Leiji Matsumoto.

Spike Jonze, futur réalisateur de l'acclamé « Dans la peau de John Malkovitch », est aux commandes du plus mémorable d'entre tous, celui de « Da Funk ». Contrastant avec la bastonnade monstrueuse de la musique, avec ce morceau décervelé impérieux pour les hanches et les jambes, Jonze a créé une vidéo d'une grande sensibilité. Elle montre l'errance dans la cité d'un homme à tête de chien, la jambe dans le plâtre. Cet énergumène plutôt repoussant est accroché comme à une bouée à un vieux transistor dont le réglage sonore est bloqué sur maximum et qui beugle "Da Funk". Métaphore de l'incommunicabilité du monde citadin moderne, frénétique et clignotant, il inocule tout du long un sentiment de malaise très contagieux.

Roman Coppola, fils et frère de (Sofia) a commis pour sa part le plus original, celui de « Revolution 909 »: on y voit notamment une mamie italo-américaine en train de préparer une sauce tomate pour spaghettis façon recette culinaire filmée. Dans la vraie vie, la dame n'est autre que la grand-mère de Roman et on peut presque sentir les arômes de l'appétissant fumet s'échapper de l'écran. Les spaghettis fin prêts attérrissent dans une boite plastique destinée à un homme, policier de son état. Cet homme tache son T-shirt blanc en dégustant sa gamelle. Il intervient quelques minutes plus tard avec sa compagnie contre une fête de jeunes. La rave improvisée est interrompue par cette descente de police et les gamins s'égayent dans la rue étroite comme une volée de moineaux. La fameuse tache de tomate sauvera la mise d'une participante. Beaucoup d'action à l'image et un modèle de télescopage d'espace-temps.

Enfin, dans un tout autre registre, le Français Michel Gondry réalisateur ultérieur de « Human Nature » et surtout du plus récent «Eternal sunshine of the spotless mind », a signé le plus audacieux des clips de Daft, « Around the world ». Il a imaginé un podium-escalier censé représenter la ligne de basse, posé sur un vinyle géant où évoluent toute une série de personnages étranges, figurant qui la basse (des colosses), qui les guitares (des squelettes), les vocoders (des robots) ou les boîtes à rythmes (les momies). Un peu tape à l'oeil mais terriblement ambitieux.

Ces vidéo-clips sont visibles dans la section Homework du site human after all

# Posté le jeudi 05 octobre 2006 15:14

Le grand succès de " Homework "

Le grand succès de " Homework "
Dans le monde de la musique électronique, on se souvient encore avec des yeux ronds de la foire d'empoigne à laquelle « Homework », le premier album de Daft Punk, donna lieu avant même sa sortie.

Alléchées par ce que l'industrie considérait déjà, à raison, comme l'une des plus imparables futures machines à danser (et donc à sous) de la décennie, les grosses maisons de disques se mirent à agiter frénétiquement les chèques sous le nez du jeune duo pour obtenir le privilège de le signer.Les enchères montèrent dans des proportions indécentes et jamais vues, en tout cas de ce côté-ci de l'Atlantique et du Channel. Virgin emporta finalement le morceau.

La mécanique marketing, qui s'employa soigneusement tout du long à cultiver le mystère et à distiller le buzz tout en investissant des sommes colossales en promotion pour ce qu'elle vendait comme « la nouvelle sensation techno adolescente parisienne ! », fut récompensée au-delà de ses prévisions les plus optimistes. C'est que l'album sur laquelle elle s'appuyait était une matière première de choix.

« Homework », sorti fin 1996, est en effet un album « historique » à plus d'un titre. Il y a eu indéniablement un avant et un après à ce disque qui aura fortement marqué l'époque de son empreinte.

Oui, c'est par « Homework » que tout est arrivé : ce disque a non seulement lancé la mode internationale de la house filtrée, mais aussi donné le coup d'envoi de la vague « french touch » qui a servi de tremplin à de nombreuses formations hexagonales (Air, Cassius, Superdiscount etc ...) et permis à la France de ne plus piteusement raser les murs dans le domaine de la musique.

Au-delà, on peut même dire que ce disque a beaucoup aidé à populariser auprès des masses internationales la musique électronique techno et house – pour preuve, Daft Punk récoltera même les remerciements des créateurs de la techno de Detroit et de la house de Chicago pour avoir mis leurs oeuvres en lumière auprès du public américain.

Musicalement, « Homework » louvoie entre house et techno et ajoute la patte décomplexée des Daft, qui n'hésitent pas à tremper leurs sonorités d'échos pop, rock et même hip-hop. Surtout, il aligne les hits planétaires avec insolence, de « Around the world » à « Burnin' ».

La tournée mondiale qui suit démontre la maestria scènique de Thomas et Guy Man qui créent un véritable show en reinventant leur répertoire chaque soir, loin de l'esbroufe et de la pauvreté scénique décevante des bidouilleurs électroniques alors en vigueur.

# Posté le jeudi 05 octobre 2006 15:56